LES MASTERS DE FEU

Compiègne - 22/09/2018

Dernière "grosse" soirée pyro de l'année, avec la troisième édition des Masters de Feu à l'hippodrome de Compiègne. Trois sociétés en compétition, ainsi qu'un feu d'ouverture et de clôture, pour plus d'1h de feu au total, la soirée s'annonce prometteuse !

Seule ombre au tableau : la météo. A l'issue de l'édition 2017, on se disait que ça ne pouvait pas être pire au vu des trombes d'eau qui s'étaient abattues. Ce n'était effectivement pas pire, mais ce n'était pas beaucoup mieux pour autant, avec une fine pluie continue durant toute la soirée. Mais comme en 2017, elle n'aura heureusement pas eu torp d'impact sur le spectacle, la fumée s'évacuant tout de même relativement bien.

En guise d'introduction, un feu d'ouverture d'un peu plus de 8 minutes signé artEventia, avec un début assez épique sur la version orchestrale de "The Show Must Go On" du film Moulin-Rouge, ou comment me faire craquer dès le début ! Pas mal de mono-coups durant ce premier feu, et notamment sur le troisième tableau, très rythmé, qui a vu défiler des dizaines de rafales de comètes et gerbes jaunes ou violettes. La suite du feu comprenait également 2 rafales de gerbes formant un grand éventail en arc-en-ciel sur toute la largeur de la façade de tir, très sympas malgré le fait que les gerbes de gauche (dans les tons bleu et violet) semblaient plus courtes par rapport aux autres, aussi bien en hauteur qu'en durée. Ca se remarque aussi bien sur les photos que sur la vidéo, je ne sais pas si c'était voulu ou pas, ou si c'était dû à l'angle de vue un peu décentré (mais je ne pense pas).

Globalement, c'était un très bon feu pour entamer la soirée, avec cependant une petite réserve concernant le bouquet final, dont je n'aimais pas trop l'association des couleurs (blanc clignotant, violet, un peu de jaune et de bleu qui, combinés ensemble avaient un rendu assez "froid"). Avis personnel bien entendu.

On continue avec la première société en compétition, en provenance de Pologne : Surex, bien connue dans le milieu pour avoir déjà participé à plusieurs autres compétitions internationales. Le thème de cette année était "Les émotions du cinéma", un thème assez banal à priori, auquel je n'accorde de toutes façons pas trop d'importance, mais qui me plaît néanmoins, étant grand amateur de musiques de films, qui se marient toujours très bien avec des feux d'artifice.

Le premier tiers du feu commence dans une ambiance "fantasy", avec un petit côté féérique très sympa (la musique provenant du film d'animation polonais Coperinus'Star, merci Youtube), le tout accompagné de différents effets blanc clignotant, terminés par deux superbes salves de toutes petites gerbes multicolores très silencieuses.

Après quelques bombes crossettes à effet crépitant très sympas, le feu continue avec un deuxième tableau très réussi dans son ensemble, mettant en scène toute une série de mono-coups bien synchronisés, de différents types (comètes, gerbes, fontaines, flashes). La séquence suivante sera composée de bengales rouge clignotant, pivoines vert clignotant avec coeur violet, puis bombes-cascades vert clair clignotant, assez longues. Quelques beaux produits encore dans la suite, notamment des bombes dahlias kamuro à pointe bleue, en même temps que de très belles comètes or à pointe rouge, ou encore des pivoines aux étoiles argent évoluant vers le bleu ou l'orange.

Cette première partie relativement épique et très réussie, se termine de façon très brutale, mais c'était surement voulu afin de créer un petit effet de surprise et d'interrogation (et ça marché !). La suite du feu alternera différentes ambiances, passant de musiques romantiques à d'autres plus jazzy, avec toujours une mise en scène soignée de manière générale, et plusieurs produits sympas (en vrac : comètes sifflantes, mono-coups tirés à l'horizontale, rafale de gerbes en arc-en-ciel, bombes dahlias kamuro).

Et c'est sur une musique bien symphonique de Two Steps From Hell que s'achèvera le feu, avec au début une courte séquence de comètes et de bombes aux étoiles multicolores peu nombreuses mais avec une intensité remarquable au niveau des couleurs. Une très belle rafale d'éventails or à pointes colorées annoncera le bouquet final, composé d'un mur de petites comètes dorées assez courtes tirées en croisillons au début, ainsi que de bombes filet or. Un beau bouquet, assez dense sur la fin, parfait pour conclure ce feu très réussi dans l'ensemble. Surex a mis la barre assez haut !

Deuxième concurrent : la société canadienne Apogée, que je n'avais vue qu'une seule fois jusqu'ici, lors de la dernière éditions des Nuits de Feu de Chantilly en 2008. N'ayant pas spécialement suivi leurs dernières réalisations, je ne savais pas trop à quoi m'attendre.

Une fois passées quelques belles bombes-cascade en ouverture, le reste du premier tableau m'a un peu laissé sur ma faim, que ce soit au niveau des produits ou de la mise en scène. Sentiment similaire sur le 2° tableau : de très belles comètes bleues assez lumineuses pour commencer, tirées en rafales, mais dont les angles n'étaient pas parfaits, voire même complètement inversés sur un des postes, ce qui était déjà le cas sur le tableau précédent. Quelques bombes assez jolies dans le reste du tableau, certaines d'assez gros calibre, mais tirées d'une façon parfois assez ennuyante, en plus d'un manque de petits produits pour combler la partie basse de l'espace scénique. La synchronisation n'était pas parfaite non plus, avec un gros retard très flagrant de 3-4 secondes, alors que la musique montait très clairement en intensité. Très belle pivoine de gros calibre tout à la fin du tableau par contre, changeant du rouge au bleu, avec un coeur blanc clignotant.

Encore quelques soucis d'angle au début du 3° tableau (toujours sur le même poste), puis un petit passage qui paraissait un peu vide, avec juste quelques compacts et des bombes sans grand intérêt visuel. La fin du tableau était meilleure, plus fournie, sans être exceptionnelle pour autant.

Après un 4° tableau très court, dans lequel je ne retiendrai que quelques salves de gerbes très lumineuses, le 5° et dernier tableau amorce le bouquet final, avec quelques bombes très sympas au début, en particulier une salve de bombes-cascades à effet crackling, retombant très bas. Et après une petite baisse de régime alors que la musique montait une fois de plus en intensité, le bouquet démarre, d'abord avec des compacts et des pivoines multicolores avec effet crackling, pour se terminer ensuite avec un panaché de bombes filet or et blanc clignotant.

Le bouquet était honnête, mais concernant le reste du feu, je suis vraiment resté sur ma faim. Ca passerait sans doute très bien dans un quelconque événement d'une petite ville, mais dans le contexte d'un concours international comme celui-ci, on pouvait franchement s'attendre à mieux. Sentiment d'ailleurs partagé par plusieurs de mes connaissances présentes sur place.

La bande-son n'était pas non plus des plus originales : 2 morceaux de Two Steps From Hell, un extrait du Roi Lion, le thème principal du film 1492, et celui bien connu de Requiem for a Dream. En fait j'adore tous ces morceaux et ils conviennent très bien pour des feux. Mais encore une fois, dans le cadre d'un concours comme celui-ci, ça donnait vraiment l'impression d'une bande-son faite à la va-vite, enchaînant quelques morceaux assez grandioses mais sans réelle cohérence et sans véritable travail au niveau des ambiances.

Troisième et dernier concurrent de la soirée : la société française Grand Final, que je ne connaissais que via des vidéos, mais que j'avais vraiment hâte de voir en vrai, et ce depuis pas mal de temps d'ailleurs.

Après une intro un peu longue avec juste 2-3 bengales clignotant, le feu prend son envol, avec plusieurs gerbes et comètes tirées de façon très "géométrique", et bien synchronisées sur la bande-son. Dans la séquence suivante, une voix-off évoque les émotions du cinéma, le tout accompagné de bombes-cascades. Ces dernières n'étaient pas les meilleures que j'ai vues, elles manquaient un peu de densité et s'effaçaient assez vite (et le vent n'arrangeait rien). Des bombes filet or prennent le relais, tirées par salves de 2 ou 3 au début, et jusqu'à 6 par la suite, avec des angles différents, bien marqués par les traînées laissées durant leur ascension. Visuellement, rien à redire, c'est très propre. Par contre, la séquence était un peu trop longue je trouve : environ 1'15 avec un seul type de produit, c'était assez redondant, malgré la montée en intensité.

Petite transition très farfelue avant d'attaquer la suite du feu, avec le célèbre jingle de la 20th Century Fox... massacré à la flûte à bec ! Assez inattendu et original, ça en aura fait rire plus d'un, moi y compris ! Et au niveau pyro c'était assez réussi, avec plusieurs mono-coups, salves de comètes sifflantes et quelques marrons d'air pour terminer.

La suite du feu est assez "joyeuse", avec un célèbre morceau de bossa nova notamment utilisé dans Austin Powers. Beaucoup de petits effets, toujours avec une mise en scène très propre. Je n'étais par contre pas très fan de la fin du tableau terminé par quelques bombes-smileys. Elles se prêtaient bien au thème certes, mais dans le cadre d'un concours, je m'attends à des choses plus originales.

On passe du rire à l'angoisse avec la célèbre musique du film Psycho, encore une fois accompagnée de pleins de petits effets très bien synchronisés. Très belle montée en intensité sur la séquence suivante, avec pas mal de comètes sifflantes, puis des bombettes et bombes à effet crackling.

Après une célèbre réplique du film la "Cité de la Peur", doublée de mono-coups, on enchaîne avec une musique assez grandiloquente, accompagnée de comètes et bombes feuilles mortes. Quelques grosses pivoines vertes avec coeur crépitant marquent une belle montée en intensité vers les 2/3 du tableau, dommage que l'ambiance retombe un peu par la suite, avec juste quelques bombes un peu perdues dans le ciel, sans autres effets au sol.

Et tout comme sur la première séquence du feu d'ouverture, la BO du film Moulin-Rouge sera encore à l'honneur pour terminer le feu, avec la chanson "Come What May", et une très belle séquence kamuro composée de gerbes en croisillons puis de bombes-tronc, toujours tirées en jouant sur les angles. Et le feu se terminera en apothéose, avec des bombes filet or à pointe rouge. Un bouquet un peu similaire à celui de Surex, avec une petite originalité en plus : une salve de mono-coups dessinant la mot "END" tout à la fin.

Dernières réjouissances de la soirée : le feu de clôture de artEventia, démarré un peu précipitamment alors que le présentateur n'avait pas encore fini son speech. Le feu s'ouvre sur un medley de musiques de films célèbres, avec encore de très belles salves et rafales de mono-coups. Quelques bombes assez sympas aussi, notamment des bombes de forme allongée aux étoiles vertes et oranges très intenses (bien que je sois pas trop fan de la couleur orange vif en pyro en règle générale).

Alors que le feu d'ouverture comprenait une séquence jaune/violet assez délirante, le 2° tableau de ce feu de clôture sera lui aussi un tableau avec 2 couleurs dominantes, en bleu et jaune cette fois, avec toute une série de gerbes, crossettes et bombes. Mention spéciale aux 3 dernières bombes qui ont explosé pile en synchro parfaite avec les 3 temps forts de la musique. C'était surement un coup de chance, mais c'est assez rare que pour le souligner !

On passe à une séquence western avec le thème sans doute le plus connu d'Ennio Morricone, pour un tableau kamuro plutôt pas mal, même s'il manquait peut-être parfois 2-3 grosses bombes pour remplir le haut de l'espace scénique. Pas grand chose à redire sur le tableau suivant par contre, mettant en scène encore pas mal de mono-coups, des produits assez sympas en général, le tout sur une musique bien symphonique comme je les aime !

On repasse à une séquence beaucoup plus calme ensuite, et sans doute la plus colorée de la soirée, avec de magnifiques bombes multicolores aux couleurs d'une intensité remarquable, mais aussi des bombes composées de plusieurs ellipses qui, en plus d'avoir une très belle forme, étaient composées d'étoiles changeant 4 fois de couleur, en un temps relativement court, mais elles étaient franchement superbes. Ajoutons à tout ça encore plusieurs salves de gerbes aux étoiles multicolores également, ainsi que 3 pivoines de gros calibre en fin de séquence, elles aussi à changement de couleur. Ce sera sans aucun doute mon coup de coeur de la soirée !

Après une séquence un peu plus classique (mais non moins réussie) en rouge et blanc clignotant, on passe à l'avant-dernier tableau, composé avec Gérard Jugnot, président du jury, sur une chanson du film Les Choristes. Une séquence avec notamment quelques très belles dahlias kamuro à pointe verte, explosant relativement bas.

Et après 3 bouquets composés majoritairement d'or sur les 3 feux précédents, le dernier de la soirée aura quant à lui une dominante argent, très lumineux sur la fin (on y voyait presque comme en plein jour), avec une belle salve de marrons d'air pour terminer la soirée en apothéose. Un très bon feu dans l'ensemble, pour lequel j'aurais sans doute voté s'il avait fait partie de la compétition !

Et afin de clore la soirée, place aux résultats. Au niveau des votes du public, c'est Grand Final qui l'emporte, devant Apogée puis Surex. Et en ce qui concerne le vote du jury, il est lui aussi attribué à Grand Final, qui affrontera donc les vainqueurs des 2 éditions précédentes (Parente et Nanos Fireworks) en 2019.

Personnellement j'ai voté pour Surex, pour la qualité de leur feu en général et la diversité des produits. Le feu de Grand Final était très bien aussi, très propre, mais peut-être un peu moins varié au niveau des produits par moments. Et puis après avoir tellement attendu pour voir enfin un de leurs feux en vrai, au final j'en attendais peut-être un peu trop. Leur bande-son était par contre celle qui était la plus travaillée parmi les 3 candidats, ça a sans doute joué pas mal dans le vote du jury. Quant à Apogée, comme je l'ai déjà dit, j'ai été relativement déçu, leur feu était clairement moins bon que les 2 autres, à tout point de vue. J'ai d'ailleurs été assez étonné en apprenant que le public leur avait attribué la 2° place.

Ce fut en tout cas une très bonne soirée encore une fois, rendez-vous en 2019 pour la grande finale !