LE GRAND FEU

Saint-Cloud 08/09/2018

En 2009, j'avais eu la chance de pouvoir participer en tant qu'artificier stagiaire à un tout nouvel événement pyrotechnique de grande envergure : le Grand Feu de Saint-Cloud. Depuis, c'est devenu un événement majeur dans le calendrier pyro estival, auquel je me rends chaque année (avec une petite exception en 2011 pour cause de conflit d'agenda).

Contrairement aux deux années précédentes, force est de constater que le parc est très bien rempli pour cette 10° édition, environ 20.000 personnes ont fait le déplacement, ce qui fait plaisir à voir. Il faut rappeler que l'événement est organisé via des fonds privés par un passionné de pyrotechnie, et qu'il ne génère probablement pas (ou peu) de bénéfices via la vente des tickets (ce serait peut-être même l'inverse). On ne peut que saluer la persévérance et la motivation des organisateurs pour continuer à offrir ce grand spectacle unique en son genre année après année.

Avant de passer aux photos et au compte-rendu complet, voici déjà la vidéo 4K de l'intégralité du spectacle:

Au programme de cette 10° édition: un best-of des meilleurs tableaux des éditions précédentes, avec en guise d'introduction, un petit rappel historique sur l'origine de la poudre et ses premières utilisations. Et on peut dire que la puissance est au rendez-vous dès le début du show, avec une mascleta tirée à ras du sol à droite du bassin central. Le public qui se trouvait juste devant en a probablement pris plein les tympans ! Tant qu'à faire du bruit, on enchaîne avec une courte séquence de marrons d'air, suivie d'un premier embrasement du site au moyen de bengales.

L'introduction se poursuivra avec une séquence de comètes et bombes feuilles mortes dans des tons roses/rouge pastel, accompagnées d'éventails de petites gerbes blanc clignotant, puis se terminera avec un mini-bouquet composé entre autres de plusieurs éventails de crossettes dorées, assez sympas de par la quantité, de pivoines multicolores, et encore pas mal de petits marrons d'air et comètes sifflantes à la fin. Une très belle entrée en matière en tout cas, alternant séquences très bruyantes avec d'autres beaucoup plus calmes.

On ne change pas une formule qui marche, avec l'annonce traditionnelle : "Mesdames et Messieurs, voici... votre Grand Feu" ! Et c'est parti avec un premier tableau de l'édition 2013, très calme, composé de bengales rouge et orange clignotant, de volcans, ainsi que de fontaines disposées sur une structure montée sur le plan d'eau central, et qui faisaient penser à une vraie fontaine, les paillettes dorées remplaçant les gouttes d'eau.

2° tableau, de l'édition 2016, en 2 temps : tout d'abord un embrasement aux bengales blanc clignotant tirant légèrement vers le jaune, ensuite une série de comètes vertes avec effet feuilles mortes et bombettes, le tout sur la musique des Hobbits du célèbre film "Lord of the Rings". Et une très belle salve de bombes filet or à pointe bleue pour terminer.

Retour sur le Grand Feu 2014, avec un superbe tableau sur fond de piano, composé de différents effets dorés et or : crossettes, bombes, gerbes, et comètes. Bien que le tableau était fortement inspiré de celui de 2014 (oui, j'ai re-visionné toutes mes vidéos pour retrouver l'édition d'origine de chaque séquence !), il y avait tout de même une grosse différence, étant donné qu'il n'y avait cette fois pas de bombes-cascades, mais beaucoup plus de gerbes et de comètes tirées en "bataille" en contrepartie, ce qui était finalement encore mieux, car cela donnait un aspect beaucoup plus "géométrique" visuellement parlant.

On passe au tableau "signature" du Grand Feu de Saint-Cloud, auquel on aura eu droit presque chaque année : celui composé exclusivement de marrons d'air, sur fond de grondements de tonnerre et de flashes de lumières pour simuler des éclairs. Ca a beau être du déjà vu, je ne m'en lasse vraiment pas, principalement à cause de la puissance croissante des déflagrations au fil du tableau. Et malgré le fait qu'un marron d'air, par définition, ne produit pas d'effet visuel extravagant, ceux-ci étant composés d'une très belle comète ascendante, le rendu visuel est au final très réussi, de par la quantité utilisée !

Le calme après la tempête ! On repasse à un tableau de 2016, tout en douceur, avec pour commencer quelques queues de paon en rafale, ainsi que des comètes rouge pastel clignotant tirées en éventail sur toute la largeur du site. Le reste du tableau sera composé d'une multitude de petites bombes feuilles mortes de différentes couleurs, descendant lentement vers le sol. Très joli !

On revient une nouvelle fois à l'édition 2013, avec un autre tableau assez calme composé de comètes rouge/orange tirées quasiment à l'horizontale, l'effet était assez réussi. D'autres comètes or/orange scintillant prendront le relais, tirées encore une fois vers le centre de la zone de tir, avec des angles un peu plus variés, mais produisant encore une fois un très beau rendu visuel, très "géométrique", le tout accompagné de bombes-flashes et de pivoines rouges.

On passe à un tableau beaucoup plus récent, de 2017, composé d'effets tourbillons, dont certains en mono-coups synchronisés sur la musique, ainsi que des bombes-couronnes, plus jolies que celles de 2017, de par la présence additionnelle d'étoiles bleues en leur centre.

On remonte jusqu'en 2012, avec une séquence beaucoup plus intense, à tendance monochrome puisqu'elle se composait presqu'exclusivement de comètes, bombes et bombettes or à effet crépitant, agrémentées de quelques éventails blanc clignotant et gerbes bleues. Le tout sur fond de guitare électrique et avec des jeux de lumières très dynamiques.

On reste en 2012, avec un tableau relativement long sur le thème de l'Irlande, divisé en 3 parties : une première partie assez calme tout d'abord, avec notamment deux cascades de feux à l'avant de la zone de tir. Elles attiraient forcément le regard de par leur proximité, mais le plus intéressant selon moi étaient les 2 autres cascades tout au fond du site, qu'on ne distinguait qu'à travers deux petites "lucarnes" taillées dans la Grande Cascade. L'effet est sans doute passé un peu inaperçu mais était très réussi (et accessoirement, ça me faisait un peu penser aux deux fenètres de la célèbre maison hantée d'Amityville !).

Deuxième partie dans une ambiance un peu plus mystérieuse, avec bengales blanc/vert clignotant, fontaines sur mâts, pivoines blanc clignotant et ballet de skytracers braqués vers le ciel.

Et enfin la troisième et dernière partie, plus rythmée, plus colorée aussi (notamment au niveau des skytracers), mais avec une dominance de vert. Au niveau pyro, la particularité venait principalement de dizaines de comètes tirées depuis des rampes disposées en oblique.

Un deuxième tableau de 2014, sur fond d'un morceau assez planant de Dire Straits, avec un nouvel embrasement du site au moyens de bengales rouge/orange. Une ligne de basse entame une sorte de compte à rebours lent et régulier, ponctué d'un mono-coup sur chaque temps. Ceux-ci deviennent de plus en plus nombreux et couvrent une façade de plus en plus large, avant de laisser la place à quelques rafales, et plusieurs salves assez intenses de pivoines rouges. La montée en intensité était assez réussie.

De Dire Straits, on passe à AC/DC, avec un court tableau un peu plus rythmé, le seul dont je n'ai pas pu identifier de quelle année il provenait (sans doute 2010 ou 2011). Beaucoup de bombes et bombettes de couleur rouge sur ce tableau, assez peu intéressants, d'autant plus que la fumée est bien présente. Elle ne masque pas les produits, mais le rouge se reflète toujours beaucoup trop fort.

12° tableau, un autre de 2013, avec plusieurs salves de comètes et gerbes or tirées en V, ainsi que des bombes filet or, et des éventails blanc clignotant assez lumineux, le tout sur une musique très symphonique issue de la bande-son d'un manga.

On revient une fois de plus au Grand Feu 2016, avec un tableau sur fond de musique italienne un peu kitsch mais entraînante, composé principalement de centaines de comètes rouges et vertes. L'espace scénique était très bien rempli, c'est le moins qu'on puisse dire !

Petit break dans le spectacle, avec une séquence très calme et très poétique, et l'apparition des "Luminéoles", sortes de grands poissons volants illuminés traversant lentement toute la zone de spectacle d'un bout à l'autre. En 2014, ce tableau m'avait semblé un peu trop long, ça m'a moins dérangé cette fois-ci, malgré le fait qu'il durait tout de même environ 8 minutes. Il faut dire qu'il aura permis d'évacuer un peu la fumée qui commençait à devenir envahissante, bien que celle-ci soit revenue à la charge vers la fin du tableau, à cause des nombreux bengales utilisés. La Grand Cascade était en tout cas encore très bien mise en valeur une fois de plus.

On remonte une dernière fois jusqu'en 2012, avec une séquence composée essentiellement de comètes or et bombes-cascades kamuro. Très joli, mais peut-être un peu redondant avec le 3° tableau un peu plutôt dans le spectacle, aussi bien au niveau des couleurs (ambiance bleue et effets or) qu'au niveau de la bande-son (piano seul). Ceci dit les effets pyro étaient tout de même différents. Vu la fumée et le manque de luminosité des produits, je n'ai malheureusement gardé aucune photo de ce tableau.

On revient une nouvelle fois à un tableau de 2016, beaucoup plus intense, avec bombettes à effet crackling, et plusieurs types de produits de couleur rose : gerbes, pivoines, et comètes, ces dernières étant synchronisées sur la bande-son. Tout ça avec des jeux de lumières très dynamiques eux aussi.

On reste encore en 2016, mais on change radicalement d'ambiance, avec une intro très planante de Pink Floyd, pendant laquelle des dizaines de petites fontaines crépitantes commencent à "bouillonner" de partout sur le site. Je me souvenais très bien de cette séquence, car j'avais adoré cet effet peu commun, et force est de constater que rien n'a changé ! A ces petites fontaines viennent ensuite s'ajouter des salves de comètes roses et or, tirées d'un peu partout sur le site, avec encore une fois un effet de densité et de profondeur assez réussi. Quelques salves de bombes prendront le relais, où chaque étoile retombait plus ou moins lentement en 2 ou 3 secondes, selon une trajectoire un peu aléatoire, avec une petite traînée derrière. L'effet était peu lumineux, mais original.

Et le tableau s'achèvera sur le Requiem de Verdi, avec plusieurs gerbes synchronisées sur les coups de timbales, et bombes filet or.

Et comme l'annonce le titre de la chanson "Final Countdown", on arrive tout doucement à la fin du spectacle, avec l'avant-dernier tableau... encore de 2016 ! Un tableau dont je me souvenais très bien aussi, étant donné qu'il était en fond d'écran sur mon pc du boulot depuis cette année-là ! Une séquence avec un côté un peu "fourre-tout" et des produits relativement basiques, mais tout de même très sympa et très dynamique.

Et on attaque donc le bouquet final, identique à celui des 3 années précédentes, ma seule réelle déception sur l'ensemble du spectacle à vrai dire. En 2016 c'était compréhensible, étant donné que l'édition précédente avait été une catastrophe au niveau de la fumée. Par contre j'avais déjà trouvé un peu dommage de refaire le même bouquet en 2017, sentiment encore renforcé cette année donc. A choisir, j'aurais préféré revoir le bouquet de 2014, tout en blanc clignotant, que j'avais beaucoup aimé de par son côté extrêmement lumineux.

Un bouquet de 6 minutes, comme à l'accoutumée, avec pour commencer une succession de petites séquences monochromes alternant les couleurs. Outre la quantité relativement importante de matière active, j'ai quand même l'impression que les produits utilisés dégageaient énormément de fumée. Résultat des courses : le site s'est retouvé complètement noyé dans la fumée en 2 minutes, et on n'a malheureusement pas vu grand chose des 4 dernières minutes. On distinguait encore vaguement les bombes, mais le reflet du rouge et de l'orange dans la fumée effaçaient totalement les autres couleurs. En 4 ans, c'est finalement en 2016 qu'on aura le mieux profité de ce bouquet, les conditions étant relativement bonnes.

A défaut de voir quelque chose et de prendre des photos, on fait comme en 2017 : on se recule de l'appareil, et on profite simplement de la puissance des déflagrations ! Et puis même avec une mauvaise visibilité, il y a quand même une chose qui reste particulièrement impressionnante : les salves finales de marrons d'air ! 6 salves, avec une intensité croissante, envoyant plusieurs dizaines voire plusieurs centaines de marrons d'air simultanément ! Un tremblement de terre à Saint-Cloud ? Non non, juste un feu d'artifice ! Rien à faire, mais c'est toujours aussi jouissif, et à moins d'aller sur certains feux en Espagne ou peut-être en Italie, je ne connais aucun autre feu dans nos contrées où on peut ressentir la même chose !

Malgré la fumée un peu trop présente par moments, et surtout sur le bouquet, cette 10° édition aura tenu ses promesses. L'idée de reprendre des tableaux des années précédentes ne m'a pas dérangé en soi, par contre sur les 18 tableaux que comptait le spectacle, 6 d'entre eux étaient de 2016, sans compter le bouquet final. C'est peut-être un peu dommage d'avoir repris autant de séquences aussi récentes alors qu'il y avait pas mal de choix parmi les éditions plus anciennes et moins "fraîches" dans les mémoires (même si pour le public lambda, ça ne fait sans doute aucune différence).

Ceci dit, ça n'enlève rien à la qualité du show ! Comme je l'expliquais à quelques amis passionnés, j'adore toujours autant ce spectacle, car il est assez différent de ce qu'on a l'habitude de voir ailleurs. Il n'y a pas beaucoup de mono-coups, pas de synchronisation au centième de seconde comme on peut le voir sur d'autres grands spectacles, mais en contrepartie on peut y voir pleins de petits produits et de montages assez peu communs, des produits parfois très basiques mais dont la quantité importante et leur disposition sur le site apportent vraiment quelque chose, et notamment souvent un effet de profondeur assez intéressant.

Le site en lui-même, qui est déjà un atout non-négligeable pour un show comme celui-là, est également toujours très bien mis en valeur. Il y a notamment énormément de bengales, mais chaque fois avec une petite variante, que ce soit dans la disposition, dans la couleur, ou dans l'aspect clignotant ou non. Les jeux de lumières apportent beaucoup également, créant une ambiance pendant les séquences calmes, ou à l'inverse apportant un côté très dynamique en complément de la pyro lors des passages plus rythmés. Et puis s'il y a bien un feu qui ne lésine pas sur les marrons d'air, c'est bien celui-là ! Et je pense qu'ils sont appréciés autant par le public lambda que par les passionnés et artificiers !

Bref, tout ça pour dire que j'ai une fois de plus passé une excellente soirée du début à la fin ! Le rendez-vous est pris pour les 10 prochaines années !